Les Racines d'Or, campagne Meusienne
Notre toute première expérience WWOOF, dans un jeune jardin maraîcher biologique de la campagne de Meuse. Nous avons semé 2 250 graines, taillé les tomates et découvert ce que demande une journée à la ferme.

À peine 24 heures après notre atterrissage en France, nous commencions, tout excités, notre premier séjour WWOOF. WWOOF est l’acronyme de « World Wide Opportunities on Organic Farms ». C’est une association internationale qui permet à des curieux comme nous de partager la vie quotidienne de fermes variées, allant d’une journée à plusieurs semaines. Le mot clé est l’échange : nous donnons notre temps et notre main-d’œuvre, et nous recevons des expériences de terrain, des récits de vie des hôtes, ainsi qu’un hébergement et les repas (très souvent bios et délicieux). Ce premier séjour était un peu particulier puisque nous venions seulement à la journée, afin de passer nos soirées dans la maison familiale de Mylène, située à tout juste dix minutes en voiture.
La pluie matinale (que nous avions rarement vue ces derniers mois en Australie) ne nous a pas découragés !
Les Racines d’Or, c’est trois hectares de maraîchage biologique, organisés en planches permanentes et serres de 25 mètres de long, entrecoupés d’arbres fruitiers, de vergers, de serres de fraises et d’un petit champ de maïs. La ferme est encore toute jeune. Elle a été créée en 2022 par Jean-Sébastien sur les terres de son enfance, après une première vie comme vidéaste et photographe.
Nous avons choisi cette ferme pour sa proximité avec la maison d’enfance de Mylène, mais aussi pour observer comment les méthodes de maraîchage sur petites surfaces développées par le Canadien Jean-Martin Fortier, ainsi que le maraîchage sur sol vivant, sont mises en pratique.
Au menu de cette deuxième semaine de juin
Des salades croquantes, des choux-fleurs, des brocolis, des choux pointus et des choux-raves, les derniers radis et petits pois, de délicieuses fraises, des courgettes, des carottes juteuses, des betteraves, des oignons et des concombres.
Jean-Sébastien produit également des plants et fleurs de CBD qu’il transforme en infusions (un vrai délice, avec un sommeil de qualité à la clé !).
Les produits sont vendus directement au stand de la ferme les mercredis et vendredis soirs, fournis à plusieurs restaurants privilégiant les produits locaux, ainsi qu’en point relais sur commande.
Et qu’avons-nous fait pendant ces deux jours ?
Notre première matinée s’est déroulée dans la serre de tomates, fraîchement plantées mais malheureusement déjà touchées par le mildiou.
Nous avons retiré les gourmands (les tiges qui poussent entre la tige principale et les feuilles), supprimé les feuilles atteintes de mildiou (reconnaissables à leurs taches noires) et désherbé au pied des plants, malgré la bâche en plastique qui limite leur développement.
C’est une tâche qui demande précision, concentration (pour ne pas couper la mauvaise tige) et pas mal de flexion… vive les squats ! Nous avons ensuite palissé les tomates afin de faciliter leur entretien, améliorer leur aération et limiter la propagation du mildiou, une maladie capable de détruire une culture entière en seulement quelques jours.
Le deuxième jour, nous avons préparé des semis en plateaux de 54 et 104 cellules. Au total, nous avons semé 2 250 graines de navets, de fenouils, de laitues, de choux et de betteraves qui, nous l’espérons, nourriront de nombreuses personnes dans les prochains mois.
Nous avons également planté des œillets d’Inde tous les huit pieds de tomates afin de limiter la présence de certains ravageurs, notamment les pucerons, souvent élevés par les fourmis.
Enfin, nous avons participé à l’installation du stand de vente et observé ce moment particulièrement gratifiant de la semaine où tout le travail accompli est récompensé par le sourire des clients venus remplir leurs paniers de produits fraîchement récoltés.
Ce que nous retenons
Ce séjour fut court, mais déjà très riche en apprentissages. Il nous a d’abord rassurés sur notre capacité à aider les maraîchers pendant ce voyage. Nous connaissons souvent la théorie, mais rien ne remplace la pratique pour comprendre comment les gestes s’enchaînent et comment nos corps et nos esprits réagissent au travail quotidien.
Sans surprise, ce métier demande énormément de patience, mais surtout une grande confiance. Confiance dans le sol, dans la météo, dans les cultures et dans sa propre capacité à faire face aux maladies, ou aux aléas climatiques. Une confiance qui ne peut venir qu’avec l’expérience et qui nous apparaît encore aujourd’hui comme une lourde charge mentale, d’autant plus que les maraîchers ne sont pas indemnisés lorsqu’une récolte est perdue.
Ces deux journées nous ont aussi montré combien l’ergonomie d’une ferme est essentielle. Un évier bien placé, des toilettes proches, une table à bonne hauteur pour les semis ou du matériel soigneusement rangé en fin de saison permettent de préserver le corps tout en gagnant un temps précieux lorsque la pleine saison arrive.
Ce que nous avons préféré
La journée consacrée aux semis a été notre préférée. Il était particulièrement satisfaisant de voir, en une seule journée, le résultat concret de notre travail.
Nous avons aussi aimé la diversité des tâches et, surtout, le fait de passer la journée dehors plutôt que devant un écran.
Sans grande surprise, nous avons confirmé certaines de nos affinités : Guillaume est particulièrement minutieux et prend plaisir à semer chaque graine avec précision, tandis que Mylène aime organiser l’espace de travail et réaliser les tâches physiques.
Voir le stand rempli de tous ces légumes nous a aussi permis de rêver un instant à ce que pourrait être, un jour, notre propre stand de ferme.
Le mana de cette ferme
- Son magnifique stand débordant de légumes de la ferme et de produits bio des producteurs voisins (pâtes au blé local, lentilles, huiles, sirops, infusions, œufs, fromages et pains).
- Le chant presque continu des oiseaux.
- Les meilleures fraises que nous ayons mangées.
- Les salades offertes après une journée de travail.
- Les conversations avec Jean-Sébastien sur les limites de l’agriculture conventionnelle et les promesses d’un modèle agricole local, diversifié et à taille humaine.
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