Quitter le rivage ⛵️
Parfois, quitter le rivage est ce qui nous permet de réentendre notre cœur. Réflexions sur nos adieux à Sydney et nos premières semaines sur la route à travers l'Australie-Occidentale.

Trois semaines se sont écoulées depuis que nous avons quitté Sydney. Après sept ans et demi passés là-bas, nous nous attendions à ce que le départ soit plus difficile. Mais, heureusement, il a surtout été paisible et enthousiasmant. Sans doute parce que ce nouveau chapitre avait commencé à grandir en nous bien avant de faire nos valises. Et probablement aussi parce que nous savons que Sydney restera toujours « chez nous », où que nous soyons.
Quitter Sydney (pour un temps)
Lorsque nous avons posé le pied à Sydney en 2019, nous avions vingt-deux ans. Un fort accent français, peu d’argent en poche et aucune idée de ce que signifiait réellement être ingénieurs ou adultes responsables.

Huit ans plus tard, nous quittons Sydney à trente ans, entourés d’amis devenus une famille, riches de nouvelles compétences et d’expériences que nous n’aurions jamais imaginées vivre.
Sydney nous a offert bien plus qu’une carrière.
Elle nous a appris à vivre dans deux langues, à construire une communauté, à rester actifs, à cultiver quelques légumes et, surtout, à prendre soin de nous, des autres et des lieux qui nous accueillent.
À travers notre travail et nos engagements auprès de Transition Bondi, de la Fresque du Climat, de People for Nature, de Regen Sydney ou encore de Midnight Runners, nous avons semé des graines. Certaines ont déjà fleuri, d’autres germent encore, et quelques-unes ne verront peut-être jamais le jour. Mais celles qui ont été semées dans nos cœurs continueront toujours de grandir.
Bien sûr, partir n’a pas été sans tristesse. Nos amis nous manquent déjà, tout comme nos endroits préférés pour méditer et contempler, notre petit appartement baigné de soleil au milieu des arbres, nos visiteurs extravagants à plumes, nos repas maison, la coopérative alimentaire de Manly, le marché du dimanche, les petits-déjeuners chez Ruby Lane ou The Nest, et plus largement le rythme familier d’une vie construite avec amour pendant huit années.
Pour tout cela, merci Sydney. Ta générosité et ton abondance continueront de nous accompagner.

Le cadeau de la route
« Un navire au port est sûr, mais ce n’est pas pour cela que les navires sont construits. » — John Augustus Shedd
Pour les deux semaines qui ont suivi notre départ, nous avons voyagé en Australie-Occidentale. Imaginez de longues routes infinies, la terre rouge, des horizons sans fin, une mer turquoise, des nuits sous les étoiles, de grands émeus… mais aussi beaucoup trop de kangourous morts, de pneus éclatés et de mines. Guillaume a même inventé un jeu baptisé « Pneu ou Kangourou ? » pour nous divertir durant les longues heures de route.

Vous pouvez voir quelques-uns de ces moments sur notre Instagram.
Certains jours, nous avons roulé huit heures, ce qui n’est finalement pas très différent du temps que nous passions assis devant nos ordinateurs. Pourtant, l’expérience en était complétement différente. Au lieu de regarder des lignes de code, des tableaux Excel ou des visages sur un écran, nos yeux parcouraient des paysages toujours changeants et nos sens restaient constamment en éveil.
Nous avons appris à repérer les cours d’eau en observant les lignes d’arbres au loin. Nous avons suivi les couleurs du ciel, les levers et couchers du soleil, les cycles de la lune et les mouvements de la faune. Et surtout, au lieu d’enchaîner les tâches… nous avions du temps. Du temps pour réfléchir, pour parler, pour écouter, pour contempler et pour apprécier.
Le plus beau cadeau de ces longues heures sur la route a été le temps consacré aux conversations profondes. Celles qui commencent par : « Et si on devenait… ? », « De quoi as-tu peur ? », « Pourquoi crois-tu que cela t’affecte encore ? »
Nous avons parlé de souvenirs d’enfance, d’histoires familiales, de nos rêves, de nos peurs et de ce que nous aimerions construire pour la suite de notre vie.
Cape Range: Un rappel à vivre simplement avec émerveillement

Même si nous avons adoré tous les endroits visités entre Perth, Exmouth et le parc national de Karijini, c’est au parc national de Cape Range que notre esprit s’est véritablement apaisé. Pendant quatre jours, notre monde est devenu très petit avec une tente, une voiture, une bâche, un petit réchaud, des toilettes sèches, une plage magnifique, et surtout deux tortues comme voisines, à la place de nos amis virtuels, disparus faute de réseau téléphonique.
Le premier dîner préparé sur la bâche à la frontale nous a semblé un peu chaotique. Puis, en ralentissant et en accueillant les choses telles qu’elles étaient, cuisiner est devenu un plaisir et presque un moment de beauté. L’absence de confort matériel nous a rendus beaucoup plus présents à chaque repas, de sa préparation jusqu’au rangement.

Pendant ces quatre jours, nous avons pu observer la nature vivre autour de nous. Elle nous rappelait à quel point nous sommes petits dans ce vaste monde et combien d’énergie nous gaspillons parfois à nous inquiéter de tout.
Nous avons regardé la pleine lune se lever, les marées transformer la couleur de la mer, les chauves-souris géantes dormir dans les figuiers, les wallabies escalader les falaises, les dauphins passer au large, les aigles construire leurs nids, et surtout les petites têtes des tortues apparaître quelques secondes à la surface avant de replonger.
Nous avons ralenti suffisamment pour apprécier et ressentir le privilège d’être pleinement présents dans ce lieu protégé.
Être présent
Une idée est revenue sans cesse pendant ce voyage. Nous l’avons retrouvée dans nos lectures, nos podcasts et nos propres réflexions. La présence.
Dans le podcast, The Great Simplification, Nate Hagens (le podcast préféré de Mylène pour mieux comprendre la complexité du monde actuel) explique combien notre esprit s’évade facilement vers des futurs imaginaires, les crises mondiales, nos vieilles histoires ou des scénarios qui n’existent que dans notre tête.
À force, notre vie devient une salle d’attente d’un futur que nous ne connaîtrons peut-être jamais. Et nous oublions que la seule vie que nous possédons est celle d’aujourd’hui. La vivre pleinement est pourtant l’un des plus beaux cadeaux reçus à notre naissance.
Cape Range (et ce voyage dans son ensemble) nous a rappelé cette évidence. Nous avons pris conscience de la facilité avec laquelle notre esprit quitte le moment présent. Pourtant, tous les instants d’émerveillement que nous avons vécus ne demandaient qu’une seule chose : notre attention.
Nous nous sommes sentis calmes, protégés, profondément reliés et infiniment reconnaissants d’être vivants.
Le mana des lieux
L’une des idées que nous explorons avec Mana Growers est que chaque lieu possède son propre mana : sa propre force de vie, sa propre histoire et sa propre manière de transformer celles et ceux qui prennent le temps d’y vivre.

Au cours de ce voyage, le mana des parcs nationaux de Cape Range et François Péron nous est apparu d’une incroyable abondance. Nos regards étaient happés par les fleurs sauvages couvertes de papillons, les requins-baleines nageant au-delà du récif, mais surtout par ces anciennes falaises calcaires rouges plongeant dans un océan turquoise.
Des lieux comme ceux-là nous rappellent que lorsqu’on laisse de l’espace au vivant, la vie et la beauté reviennent.
Ce que nous retenons
Ce voyage n’est que le début d’un chemin beaucoup plus long. Nous sommes heureux de l’avoir commencé ainsi, tous les deux, loin de nos repères et de ceux que nous aimons. Nous avons gagné en confiance dans notre capacité à vivre simplement sous une tente. Mylène se sent désormais prête pour plusieurs mois de vie en van en Nouvelle-Zélande. Mais surtout, le silence de la nature a laissé suffisamment d’espace pour que notre cœur puisse nous rappeler ce qui compte vraiment. Ce voyage nous a rappelé le privilège d’être vivants et celui d’être les gardiens de notre propre temps. À nous de choisir d’en faire un espace où la beauté, la présence et la gratitude deviennent des priorités.
À très bientôt pour les prochains carnets de route, consacrés à nos premières expériences de bénévolat dans des fermes maraîchères en France. Merci d’être ici. Et si ce texte vous inspire une réflexion, une question ou un souvenir, laissez-nous un petit mot. Vous pouvez également nous suivre sur Instagram. En attendant, n’oubliez pas d’être pleinement présents dans votre propre vie — c’est le plus précieux des cadeaux de la nature.
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Le début de l'aventure 🌿
Cette première édition des carnets de route est consacrée à une question simple : pourquoi entreprendre ce périple, et qu'est-ce que Mana Growers ?