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La Ferme de Gisy : l'abondance aux portes de Paris

Une journée dans une ferme maraîchère agroécologique, pour comprendre comment une équipe de néo-maraîchers nourrit une centaine de familles.

Mylène Turban·Guillaume Jounel··6 minutes de lecture
Zucchini harvest and leeks weeding at Ferme de Gisy.
Zucchini harvest and leeks weeding at Ferme de Gisy.

Après notre première expérience aux Racines d’Or dans l’Est de la France, notre seconde nous attendait aux portes de Paris, à Bièvres. Une seule journée cette fois, mais une journée particulièrement riche. Après deux semaines passées en Bretagne puis plusieurs jours à subir la canicule parisienne, nous avions une seule envie : retrouver les champs, mettre les mains dans la terre et apprendre aux côtés de maraîchers passionnés.

Nous avions choisi la Ferme de Gisy pour deux raisons. D’abord parce qu’elle est facilement accessible en transports en commun depuis Paris. Ensuite, parce que son existence même nous fascinait. Imaginer des maraîchers vivant de leur métier à moins d’une heure d’une métropole de plusieurs millions d’habitants semblait presque irréaliste. Et pourtant, quoi de plus logique que de produire une partie de l’alimentation d’une ville au plus près de celles et ceux qui la consomment ?

Une ferme née d’une reconversion et d’une vision commune

La Ferme de Gisy cultive aujourd’hui près de 2,8 hectares de maraîchage biologique. Pourtant, l’aventure n’a commencé qu’en 2021 sur moins d’un hectare.

À l’origine du projet, il y a la rencontre de deux personnes aux parcours très différents mais animées par une même envie d’agir. François connaît le monde agricole depuis toujours. Ancien agriculteur, formateur en lycée agricole puis responsable de projets dans un bailleur social, il a choisi de revenir à la terre avec l’envie de recréer du lien entre les habitants des villes et les agriculteurs qui les nourrissent.

Nicolas, lui, travaillait comme ingénieur sur les programmes Ariane 5 et la Station Spatiale Internationale avant de piloter l’amélioration d’usines de production en France et à l’étranger. Face à l’urgence écologique et climatique, il décide en 2020 de quitter le secteur spatial pour consacrer son énergie à un projet plus directement relié au vivant.

Leur rencontre naît au sein de mouvements associatifs plaçant l’humain et l’écologie au cœur de leurs actions. Ensemble, ils imaginent une ferme maraîchère agroécologique capable de nourrir durablement les habitants des environs tout en redonnant vie à l’ancienne ceinture maraîchère qui entourait Paris au XIXᵉ siècle. Après plus d’une dizaine de terrains visités, ils trouvent enfin la parcelle idéale. La commune de Bièvres, propriétaire de cette ancienne terre agricole laissée en friche depuis plusieurs années, lance un appel à projets pour accompagner l’installation d’une ferme biologique. Leur projet est retenu et l’aventure peut commencer.

Au-delà de produire de beaux légumes, leur ambition est aussi de montrer qu’un autre modèle agricole est possible : rémunérer correctement les maraîchers, réduire la pénibilité du métier grâce à une bonne ergonomie, transmettre leurs connaissances à de futurs néo-maraîchers, travailler exclusivement en circuits courts et sensibiliser les habitants à une alimentation locale et de qualité.

Une vente diversifiée

Fin juin, malgré deux vagues de chaleur successives, la récolte était abondante, mais bien impactée comparée aux années précédentes.

Les premières tomates rouges et jaunes arrivaient, les courgettes semblaient pousser à une vitesse impressionnante, les aubergines embellissaient les paniers, tandis que concombres, jeunes poireaux, ail, oignons et quelques salades complétaient le paysage.

La production est distribuée dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres : auprès de Biocoop, via des AMAP, sur leur boutique en ligne, auprès d’une centaine de familles abonnées à leurs paniers hebdomadaires, mais aussi auprès de commerces locaux.

Pour diversifier leurs revenus et renforcer la résilience économique de la ferme, l’équipe produit également du miel, accueille des séminaires d’entreprises, organise des formations en maraîchage bio intensif et accompagne les personnes souhaitant tester le métier avant de s’installer.

Une journée dans les récoltes

Le lundi est une grosse journée à la ferme. Tous les légumes ont continué de pousser pendant le week-end et il faut récolter plusieurs centaines de kilos avant les livraisons.

Notre matinée a donc commencé par une grande récolte : une vingtaine de cagettes de courgettes, une centaine d’aubergines et près de trente kilos de tomates. Nous avons ensuite dégourmandé les plants de tomates extérieures qui avaient rapidement pris des allures de buissons, avant de désherber les rangs de jeunes poireaux à l’aide d’une sarcleuse, d’un pousse-pousse et d’un couteau.

Comme lors de notre première ferme, nous avons retrouvé ce mélange de gestes précis, de travail physique et d’observation permanente du vivant. Derrière chaque légume récolté se cachent des dizaines de petites décisions prises au bon moment.

Le déjeuner restera aussi un beau souvenir. Nous étions réunis autour de la même table : Antoine et Nicolas, une stagiaire ingénieure, une avocate en reconversion suivant un BPREA, un WWOOFeur et nous deux. Les tomates et courgettes récoltées quelques heures plus tôt se retrouvaient déjà dans nos assiettes. Ces repas partagés font autant partie de l’expérience que le travail dans les champs. Ils créent des espaces où les parcours se croisent, où les doutes se racontent et où les rêves ont une place.

Ce que nous retenons

Cette journée nous a surtout confortés dans une idée qui grandit depuis le début de notre voyage : les néo-maraîchers existent, ils peuvent réussir et, surtout, ils semblent profondément heureux de leur choix de vie.

Les trois associés de la ferme s’appuient sur toutes les compétences acquises lors de leurs premières carrières : organisation, gestion de projet, pédagogie, documentation, planification ou gestion financière. À cela s’ajoutent les savoir-faire agricoles acquis grâce au BPREA, au compagnonnage de Fermes d’Avenir ou à plusieurs années de pratique, dont un séjour WWOOF.

Bien sûr, leur quotidien n’a rien d’idyllique. Les vagues de chaleur arrivent toujours plus tôt, certaines récoltes souffrent, les attentes des clients sont parfois élevées, la négociation des prix est difficile, et le travail avec le vivant reste profondément imprévisible. Pourtant, aucun d’entre eux ne semble regretter d’avoir quitté le bureau pour les champs. Même en hiver, a précisé Nicolas avec un sourire.

Nous avons aussi découvert un modèle d’installation particulièrement inspirant. Plutôt que d’acheter des terres agricoles et de commencer leur activité avec une dette importante, la ferme s’est développée grâce à un partenariat étroit avec une commune engagée qui souhaitait redonner une vocation agricole à ses terres en les louant.

Cette approche nous ouvre de nouvelles perspectives. Peut-être que les fermes de demain se construiront davantage grâce à des coopérations entre collectivités, habitants et maraîchers qu’à des projets portés seuls.

Le mana de cette ferme

Le mana de la Ferme de Gisy réside dans cette alliance entre la ville et le vivant.

  • Des légumes magnifiques malgré les canicules successives.
  • Des fleurs de courgettes couvertes de pollinisateurs.
  • Une ferme accessible en transports en commun depuis Paris.
  • Des centaines de familles nourries chaque semaine avec des légumes biologiques cultivés à quelques kilomètres de chez elles.
  • Des maraîchers heureux d’avoir quitté le bureau pour retrouver le rythme des saisons.
  • Un bâtiment agricole chaleureux, construit en bois et isolé en paille, pensé autant pour travailler efficacement que pour prendre soin des personnes.
  • Et enfin, un déjeuner partagé autour de légumes récoltés le matin même.
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