Quitter le rivage ⛵️
Parfois, quitter le rivage est ce qui nous permet de réentendre notre cœur. Réflexions sur nos adieux à Sydney et nos premières semaines sur la route à travers l'Australie-Occidentale.


J'ai grandi dans un petit village de l'Est de la France, au sein d'une famille liée à la terre et aux animaux, que ce soit à travers l'agriculture ou les jardins familiaux.
Mon enfance s'est déroulée dans une fratrie de cinq enfants entre les fermes voisines, le potager et les animaux dans le jardin, et les grands espaces de la campagne meusienne. Ma famille était soudée et profondément résiliente, mais aussi marquée par des blessures transmises de génération en génération et les ravages de l'addiction. Comme beaucoup d'enfants, j'ai appris très tôt à porter certains masques et à développer des façons de me protéger. Beaucoup ne me sont plus nécessaires aujourd'hui, mais continuent parfois d'exister en moi.
Très tôt, j'ai rêvé d'un monde plus vaste que mon village. D'un endroit où je me sentirais libre, en sécurité et, si possible, près de l'océan.
J'ai alors suivi le chemin qui semblait offrir le plus d'opportunités et d'indépendance : les études supérieures, une école d'ingénieur, des expériences à l'étranger, puis finalement l'Australie.
En 2019, diplôme d'ingénieure en génie des procédés en poche et accompagnée de mon partner in crime Guillaume (devenu depuis mon mari), j'ai posé mes valises à Sydney.
Les années qui ont suivi ont été les plus riches de ma vie (encore bien courte, je me l'avoue), et j'en suis profondément reconnaissante. J'y ai travaillé dans les énergies renouvelables, le traitement de l'eau, le conseil et la sensibilisation aux enjeux du développement durable. Je me suis investie dans l'éducation au climat, des projets citoyens et des initiatives locales de transition, tout en construisant un véritable sentiment d'appartenance à l'autre bout du monde.
Des organisations comme Transition Bondi, la Fresque du Climat ou encore Regen Sydney ont profondément façonné mon parcours et m'ont permis de trouver une communauté qui partageait les mêmes aspirations.
Au fil de ces expériences, une question est revenue sans cesse : comment bien vivre sur cette Terre ? Pas seulement de manière durable sur le papier, mais d'une façon qui nous permette de nous sentir pleinement vivants et de devenir la version la plus authentique de nous-mêmes.
Cette question m'a progressivement menée vers l'agroécologie, la permaculture, les approches régénératives, et vers un désir grandissant de passer davantage de temps dehors que derrière un écran.
Je ne sais pas encore quelle forme prendra le prochain chapitre.
Peut-être cultiver des légumes, transmettre les pratiques de permaculture et d'agroécologie, accompagner des jeunes dans leur cheminement, aider des personnes âgées à rester actives et reliées aux autres, régénérer une terre abîmée, accueillir des tablées conviviales autour d'une boutique à la ferme, fonder une famille… ou peut-être tisser toutes ces envies ensemble.
Pour l'instant, j'apprends. J'apprends à cultiver des légumes. J'apprends à m'écouter et à accueillir mes émotions. Et surtout, j'apprends ce que signifie vivre une vie profondément authentique, une vie qui soit véritablement la mienne.
Parfois, quitter le rivage est ce qui nous permet de réentendre notre cœur. Réflexions sur nos adieux à Sydney et nos premières semaines sur la route à travers l'Australie-Occidentale.

Cette première édition des carnets de route est consacrée à une question simple : pourquoi entreprendre ce périple, et qu'est-ce que Mana Growers ?
