Faire confiance Ă l'inconnu đź”®
Réflexions de juin : un mois haut en couleurs et en saveurs, qui nous a rappelé que la confiance se cultive, tout comme un jardin.

Le 8 juin 2026, quelque part entre Perth et Paris, nous regardions par le hublot en réalisant enfin que nous quittions l’Australie… au moins pour un temps. C’est à ce moment-là que nous avons compris que ce voyage ne ressemblait pas aux précédents. Fini les séjours en France où l’on essayait de caser sept heures de télétravail entre deux visites, ou de profiter au maximum de quelques jours avec nos proches. Cette fois, nous avions choisi un autre rythme. Un rythme où les journées ne se mesurent plus en e-mails envoyés ou en réunions terminées, mais en conversations, couchers de soleil, jardins visités, savoir-faire appris, repas partagés et rencontres.
Apprendre en faisant
Nous n’avons pas perdu de temps avant de commencer notre première expérience de bénévolat en ferme. WWOOF (World Wide Opportunities on Organic Farms) met en relation des personnes curieuses de découvrir l’agriculture biologique avec des fermes du monde entier. En échange de quelques heures de travail, on reçoit bien plus qu’un lit et des repas : on repart avec des connaissances, des gestes, des histoires et une autre manière de voir le monde.
Après des années passées à lire des livres, écouter des podcasts et regarder des vidéos sur l’agroécologie, nous avions enfin hâte de quitter la théorie pour mettre les mains dans la terre.
Notre première étape fut Les Racines d’Or, une ferme maraîchère biologique de trois hectares créée en 2022 par Jean-Sébastien, après une première vie de vidéaste et photographe. Pendant trois matinées, nous avons aidé en pleine saison : retirer les feuilles de tomates touchées par le mildiou, tailler les plants, préparer leur palissage, semer plus de 2 000 graines pour les prochaines récoltes, planter des œillets d’Inde entre les tomates pour favoriser la biodiversité, puis installer le stand où les habitants venaient remplir leurs paniers de légumes fraîchement récoltés.
Aucune de ces tâches n’était révolutionnaire. Et pourtant, il y avait une immense satisfaction à enfin vivre ce que nous n’avions jusqu’ici qu’observé à distance. Il existe une grande différence entre comprendre un geste intellectuellement et le ressentir dans son corps : la concentration nécessaire pour tailler un pied de tomate sans l’abîmer, la patience qu’il faut pour déposer chaque graine une à une, ou encore la fatigue physique d’une journée passée dehors. Chaque soir, nous rentrions heureux, avec cette sensation particulière d’être fatigués pour une bonne raison : celle d’avoir contribué, à notre échelle, à quelque chose de vivant. Nous racontons cette première immersion plus en détails dans notre article Les Racines d’Or, campagne Meusienne, retrouvez également des photos sur notre publication Instagram.
Notre deuxième ferme du mois fut La Ferme de Gisy, aux portes de Paris. Rejoindre, en moins d’une heure de transports en commun, une ferme maraîchère biologique de trois hectares au milieu d’une métropole aussi dense nous a presque paru irréel. Quelques stations auparavant, nous étions entourés de béton, de circulation et de chaleur ; quelques minutes plus tard, nous récoltions des légumes dans un jardin au milieu des oiseaux et des insectes. Créée par un ancien ingénieur et un ancien enseignant ayant choisi de réorienter leur vie après plusieurs années de questionnements, la ferme nourrit aujourd’hui plus d’une centaine de familles, des écoles et des commerces de proximité. Elle montre aussi combien une ville peut soutenir concrètement une agriculture locale en protégeant des terres agricoles et en intégrant la production alimentaire dans son développement. Après une journée de récolte, de désherbage et de taille des tomates au sein d’une équipe remarquablement organisée, nous sommes repartis inspirés, autant par la ferme que par ce qu’elle représente : la possibilité de changer de voie, de construire un projet porteur de sens avec d’autres et de démontrer qu’une agriculture biologique, productive et économiquement viable a toute sa place aux portes des grandes villes. Nous racontons cette immersion plus en détail dans notre article La Ferme de Gisy : l’abondance aux portes de Paris, retrouvez également des photos sur notre publication Instagram.
Les compétences invisibles du métier de maraîcher
Ces premières expériences nous ont rappelé que cultiver des légumes ne demande pas seulement des connaissances techniques. Cela demande surtout de la patience, de l’observation et beaucoup de confiance.
Confiance dans la météo, capable de bouleverser plusieurs mois de travail en quelques heures. Confiance dans le sol. Confiance dans ces minuscules graines qui deviendront, ou non, les récoltes espérées. Confiance aussi dans le fait que, malgré tous nos efforts, une partie du résultat restera toujours hors de notre contrôle.
Nous avons commencé à mesurer la charge mentale que portent les maraîchers, qui investissent des mois de travail sans aucune garantie de récolte et, bien souvent, sans indemnisation lorsque tout est perdu.
Nous avons également réalisé combien l’ergonomie d’une ferme est essentielle. Une table à la bonne hauteur, un évier bien placé, des outils soigneusement rangés à la fin de la saison… Tous ces détails, qui semblent anodins, permettent de préserver le corps, de réduire le stress et de rendre ce métier durable. Une ferme régénératrice ne peut exister durablement que si elle régénère aussi les humains qui la font vivre.
Bretagne : l’abondance autour de la table
Après cette première semaine passée en Meuse, nous avons rejoint la Bretagne, à Locquirec, pour aider le frère de Guillaume et sa compagne à préparer leur grande fête d’anniversaire.
Depuis leur installation en 2022, ce petit village côtier est devenu un lieu familier où nous revenons toujours avec beaucoup de plaisir. À chaque visite, nous avons la chance d’y retrouver un soleil radieux (apparemment une denrée rare en Bretagne !), des plages aux eaux turquoise, des sentiers côtiers, des sous-bois de fougères, des hortensias aux mille nuances de rose et ces belles maisons en pierre qui donnent tant de caractère au village.
C’est le genre d’endroit où nous pourrions facilement nous imaginer vivre un jour, au moins pendant les beaux mois d’été. L’hiver breton, avec son vent, sa pluie et ses longues semaines grises, demanderait sans doute un peu plus d’adaptation après plusieurs années passées sous les hivers lumineux de Sydney.
Cette semaine fut aussi l’occasion de partager chacun nos talents. Guillaume a préparé d’excellents flans pâtissiers et des centaines de cookies qui lui vaudraient facilement une boutique de pâtisserie remplie d’avis cinq étoiles. Mylène a prêté main forte en cuisine et proposé quelques recettes végétariennes (le tofu mexicain a fait l’unanimité !). Nous avons également animé chacun un atelier : une sortie Midnight Runners pour Guillaume et un cercle de respiration et de méditation pour Mylène, inspiré des rendez-vous du lever du soleil à Manly.
Ce week-end nous a rappelé combien les rassemblements deviennent riches lorsqu’ils offrent à chacun la possibilité de contribuer avec ses propres talents : musique, ateliers, livres, conversations, cuisine… Une belle illustration de l’abondance créative humaine lorsqu’on lui laisse de la place.

Nous avons aussi découvert la richesse du système alimentaire local. Des légumes bio chez une maraîchère voisine, des œufs et du jus de pomme dans un petit verger créé après un voyage en WWOOF en Nouvelle-Zélande, du cidre local, du bon pain… La qualité des produits biologiques français nous a une nouvelle fois émerveillés, notamment les tomates, les fraises… sans oublier le fromage et le cidre, évidemment.
Quand le changement climatique devient personnel
Puis est venu Paris et ses trente-neuf degrés à 21 heures.
Pendant plusieurs jours, la ville est devenue un rappel très concret du monde dans lequel nous sommes en train d’entrer. La chaleur restait prisonnière entre les immeubles, les appartements devenaient difficilement habitables et chacun cherchait désespérément un peu de fraîcheur. Nous avons eu l’impression que le bruit, les foules, les odeurs et l’agitation habituels étaient encore plus amplifiés par cette chaleur écrasante.
Le changement climatique n’était plus un graphique ou un rapport lu au travail. Il était là , sur notre peau, et dans nos pensées pour tous les êtres vivants qui, eux, ne pouvaient pas se réfugier dans un bâtiment climatisé.
Et pourtant, même là , la beauté continuait à se frayer un chemin.
Une glace partagée entre amis sur les quais de Seine autour d’une partie d’Undercover. Un concert de musique à Rouen pour Guillaume. Et pour Mylène, un atelier de cueillette de plantes sauvages au Bois de Vincennes avec Totem Sauvage. Observer les plantes à travers une loupe a ouvert un monde totalement nouveau. Une invitation à ralentir, à regarder autrement et à réaliser toute la richesse qui existe déjà autour de nous lorsque l’on prend enfin le temps de la voir.
Les personnes qui nous montrent que d’autres chemins existent
Ce premier mois nous a donc permis de rencontrer des personnes qui ont osé choisir une autre voie.
Jean-Sébastien, passé du cinéma au maraîchage. Nicolas, qui a quitté les fusées Ariane pour cultiver des légumes biologiques aux portes de Paris. Adeline, qui a laissé le marketing pour transmettre sa passion des plantes sauvages. Maxime, qui a troqué le coaching sportif contre les vergers de pommiers.
Des parcours très différents, mais une même histoire. À un moment de leur vie, chacun d’eux a cessé de se demander uniquement ce qui était logique, raisonnable ou attendu, pour commencer à écouter ce qui les faisait profondément vibrer.
Toutes ces rencontres nous donnent, elles aussi, la permission de rêver un peu plus grand et d’explorer d’autres chemins. Nous verrons bien où ils nous mèneront !
« L’esprit crie, explique, démontre, proteste ; mais au fond de moi une voix s’élève et lui dit : « Tais-toi, esprit, laissons parler le cœur. » » — Nikos Kazantzakis
Le mana du mois de juin
Ce mois-ci, le mana des lieux s’est révélé dans une multitude de petits détails.
Les premières tomates rouges de la saison. Les infinies nuances de rose des hortensias bretons. Le rythme des marées. Les discussions autour des étals des marchés. Les cafés associatifs, comme le Café Marylène, qui redonnent vie aux quartiers ruraux comme urbains. Et cette joie toute simple de voir les gens dehors en été, discuter, rire, écouter de la musique et simplement être ensemble.
Une nouvelle fois, nous avons ressenti que chaque lieu possède sa propre énergie, sa propre histoire et sa propre manière de nous apprendre à vivre.
Les graines que nous emportons avec nous
- Cultiver la terre apprend la patience, l’humilité et la confiance.
- Une vie régénératrice doit aussi régénérer les humains qui la vivent.
- L’abondance locale existe déjà ; il suffit souvent de ralentir pour la remarquer.
- Nous n’avons pas besoin d’avoir toutes les réponses avant de faire le prochain pas.
Merci de faire un bout de chemin avec nous. On se retrouve très bientôt pour les prochains carnets de route. Vous pouvez aussi lire nos articles sur les fermes ici.
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